Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, j’ai toujours rêvé d’aller à Montevideo. C’est en effet une ville que j’ai découverte enfant, en même temps que le portrait de Monteverdi et quantité d’autres tableaux d’ailleurs, en tournant, émerveillé, les pages de mon premier dictionnaire en couleurs. Ainsi, à sept ou huit ans, je rêvais autant de me retrouver au milieu des gratte-ciel de Montevideo – qui représentaient pour moi le bout du monde – que d’avoir une chambre aussi belle que celle de
À notre arrivée le soir à Montevideo, quel ne fut pas notre plaisir d’être accueillis par une nouvelle alerte. Comme il avait plu des trombes d’eau la veille, et que l’air était devenu soudain humide, des colonies entières de moustiques s’étaient reformées. Notre hôtel – l’Hôtel Trouville, ça ne s’invente pas ! – étant situé à proximité du bord de mer, nous avons décidé de nous barricader dans notre chambre d’hôtel et de garder nos forces intactes pour partir le lendemain matin à la conquête de la ville.
L’objectif était alors de se rapprocher du centre historique qui, comme j’allais m’en rendre compte par la suite, est aussi la partie la plus pauvre de Montevideo – notre hôtel étant confiné dans une partie beaucoup plus chic. À mesure que nous progressions dans notre direction, la physionomie de la ville se modifiait, les maisons se coloraient. Keith Haring serait-il d’ailleurs passé par Montevideo ? La question n’est pas à exclure...
Le samedi, c’est le jour du marché. Sur les étals, quelques fruits et légumes, des oranges, des mandarines, encore vertes, mais légèrement acidulées. Un régal.
Des camions également, mais non réfrigérés, qui débitent de la viande, des saucisses, pas forcément très appétissantes. Le porc n’est pas rose, mais marron.
La grande place de Montevideo – la Plaza Independencia – est très curieuse et ne ressemble à aucune grande place connue. Elle est prise en écharpe entre quatre bâtiments de styles distincts dont les contours forment un ensemble très éclectique, 1) le Palacio Salvo, avec ses formes à la Bofill qui peuvent vraiment inspirer la crainte, 2) un building géant, au sommet duquel on pourra profiter d’une vue panoramique exceptionnelle, 3) un bâtiment vérolé de climatiseurs devant lequel flotte un drapeau uruguayen et 4) la porte ancienne de la ville, par où il est possible enfin d’accéder à la Cuidad Vieja.
Avant d’entrer dans la vieille ville et de quitter cette place, prenons un peu de hauteur, et montons jusqu’au vingt-cinquième étage du Radisson building par où l’on aura un aperçu de la Cuidad Vieja, avec son parc et sa cathédrale dans laquelle, soit dit en passant, se trouve un monumental Saint Joseph à l’enfant qui aura encore échappé à la vigilance de notre ami JPW.
C’est juste derrière la porte ancienne de la ville que prend place le Teatro Solis, c’est-à-dire l’Opéra, qu’il me tardait de découvrir. Malheureusement ce théâtre est à l’arrêt, il a cessé de fonctionner depuis quelques années.
S’il reste encore ouvert, c’est uniquement pour accueillir les touristes. Moyennant 40 pesos uruguayiens, c’est-à-dire pour trois fois rien, on peut le visiter. Et si, certains soirs, des gens continuent de s’y rendre, c’est alors pour voir les spectacles du Met qui sont retransmis sur grand écran, à raison de six ou sept fois par an. Le mélomane, forcément un peu déçu, se consolera cependant avec les librairies de Montevideo qui, comme celles de Buenos Aires, ressemblent à de véritables théâtres. Celle située dans la rue piétonne Sarendi, par exemple, est rutilante. Il y a quelques années encore, ce bâtiment était, comme le reste de la vieille ville, livré à l’abandon. Il avait été construit en 1917 par l’architecte Leopoldo Tosi pour abriter les ateliers de Pablo Ferrando. En 1973, la coupole s’est effondrée. Ce n’est que depuis 2006 que cet ancien établissement a fait peau neuve.
Vous entrez dans un hall très clair et majestueux, avec un grand escalier au fond de la librairie qui se scinde en deux bras au milieu d’un vitrail, selon une formule dont Victor Louis, l’architecte du théâtre de Bordeaux, est l’inventeur. Cet escalier vous conduit ensuite à un étage, avec plusieurs compartiments de livres. Entre les deux niveaux, des coursives, comme dans un bateau.
À l’étage supérieur, vous avez un magnifique balcon en fer forgé avec une belle rampe en bois d’où vous pouvez admirer le spectacle qui s’ouvre devant vous.
Des livres, rien que des livres, toujours des livres, à perte de vue. Et si ce n’est pas assez, vous pouvez prolonger la partie au restaurant de la librairie qui vous accueille jusqu’à pas d’heure.
Après être allés jusqu’au bout de la vieille ville, nous avons rejoint les bords de l’estuaire du Rio de la Plata.
On n’avait pas tellement le choix : la ville était déserte, on n’observait que des patrouilles de policiers, destinés à rassurer les touristes. En effet, les magasins, le samedi après-midi, ferment à 16h00. Il faut se dire que le centre ville de Limoges, à la même heure, est bien plus animé que la capitale de l’Uruguay. On peut alors tenter de retrouver un peu d’animation le long de la rive. C’est là, en effet, que les habitants de Montevideo se retouvent avec leur bol de maté et leur bouteille thermos. Mais avant de rejoindre la plage de Montevideo, il faut marcher des kilomètres le long d’une grande voie pas forcément très élégante.
Empruntons-là car la promenade a toutefois un avantage : voir de l’intérieur les contrastes énormes et saisissants qu’accuse la ville, laquelle est divisée entre quartiers pauvres et riches. Toute la promenade le long de l’estuaire mène d’ailleurs, comme on va s’en rendre compte, de ces quartiers populaires, où s’empilent tours en briques et barres en béton, jusqu’aux quartiers riches, avec ses grands immeubles chics de standing qui pourraient faire passer Montevideo pour une copie de Monaco.
À la fin de la journée, après bien quinze kilomètres de marche, je n’avais pas que les jambes en compote, mais les mollets réellement en feu ! C’est qu’entre-temps, en me faufilant dans les allées de ce parc entraînant, j’avais été le déjeuner d’une colonie de moustiques. Et si je n’ai pas dormi, ce n’est pas, comme on pourrait le penser, parce que je me suis gratté pendant toute la nuit, mais parce que j’ai eu peur d’avoir choppé la dengue !
